Une luxuriance chargée de symboles
Mai
le joli est de retour. Les arbres ont perdu les nuances tendres et variées
du renouveau. Ils offrent maintenant un vert profond et dense. Les haies
se parent de cascades éblouissantes, de longs drapés immaculés,
véritables névés de fleurs. Cette blancheur vigoureuse
transforma, dès l'Antiquité, cet arbuste en plante protectrice,
apportant bonheur et prospérité. Il fallait à Athènes
en apporter un bouquet lors des repas de noce. A Rome, des branches
étaient suspendues au dessus du berceau du nouveau-né.
La Chrétienté n'allait pas dédaigner un symbole
si puissant : la pureté des fleurs souvent dédiées
à Marie fut alliée à la douleur des épines
qui formèrent la couronne du Christ. C'est sous le linceul impénétrable
d'un buisson de " Noble épine " que Viviane enferma
Merlin l'enchanteur. Le chevalier partant en croisade offrait à
sa dame en gage de fidélité des rameaux d'aubépine
liés d'un ruban incarnat. Il partait alors vers l'aventure, elle
devait se contenter de trois branchettes
.
L'aubépine se trouve au cur des mythologies occidentales.
Des coutumes très nombreuses (comme celles liées au 1er
mai ou à la St Jean) lui sont attachées, utilisant ses
deux faces :l'une enchanteresse et l'autre douloureuse. Le bouquet offert
aux mariés dans nos provinces était aussi un avertissement
: " Attention, beauté et plaisir passent comme la fleur
; ne restent alors que les épines ! " Son lien étroit
avec la religion lui conférait des pouvoirs surnaturels : elle
protégeait de la foudre et des mauvaises influences. Les petits
enfants fiévreux étaient portés devant ses buissons.
Le conscrit lui-même priait devant ses rameaux lors du tirage
des numéros pour ne pas partir à l'armée. Les amateurs
de magie y trouvaient leur content, et un rameau en fleur accroché
avant le lever du jour à la porte d'une étable empêchait
les couleuvres de venir téter le lait des vaches. Ce sort au
moins était assuré de succès !
Cet arbuste, cet arbre même
parfois, croit très lentement. Il vit en moyenne 500 ans. Pourtant
certains sujets sont bien plus vieux et n'ont rien à envier à
l'if. L'aubépine de St Mars la Futaie en Mayenne daterait des
premiers siècles de notre ère .Ce serait peut-être
le plus vieil arbre de France. Mais peut-on le prouver ? Contrairement
au prunellier, ses racines ne sont pas traçantes. Ce caractère
allié à sa longévité fut exploité
: l'aubépine a fourni un bornage fiable et agréable. Elle
servait de " pied cornier " pour délimiter les coins
d'une parcelle.
Symbole de délicatesse,
elle possède un bois dur comme fer : on la transforma donc en
billot des supplices, recueillant la tête des condamnés.
Ce bois prend une teinte rougeâtre et un beau poli. Mais les petites
dimensions des troncs empêche une utilisation courante en menuiserie
ou ébénisterie. C'est par contre un excellent bois de
chauffage.
Ses épines dissuasives
la recommandent pour constituer des haies défensives et impénétrables.
Même de nos jours, quelle vache serait assez folle pour aller
la brouter ? Ses fruits écarlates, les cenelles, véritables
bijoux d'automne, ont un goût très fade . Ils furent pourtant
largement utilisés. Réduits en poudre après séchage
au four, ils procuraient une farine de remplacement, permettant la confection
de pain de disette.
Son action médicale est
une découverte récente. Un médecin américain
la mit en évidence à la fin du 19ème siècle.
Puissant tonicardiaque, elle est utilisée contre l'hyper et l'hypotension,
l'artériosclérose, les infarctus, les palpitations
Tisanes,
décoctions de fleurs, d'écorce, ont bien d'autres propriétés.
Atteinte par le feu bactérien, on hésite maintenant à
la replanter. Il en existe de nombreux cultivars développés
par nos jardiniers, et elle n'en est pas moins belle lorsque le rose
remplace le blanc.